Des perles rares menacées d’expulsion vers Cuba

La vie de Luis Manuel Gonzalez Gonzalez et de Liliana Sanchez Rengifo, arrivés au Québec en 2023 pour entreprendre une nouvelle vie prometteuse, s’est effondrée en mars dernier, alors que pour des raisons incompréhensibles et au grand dam de leur employeur, le Groupe Garneau Thanatologue, ils pourraient être retournés dans leur pays d’origine, Cuba.
Formés comme ingénieur en télécommunications et comme avocate, Luis et Liliana ont fait le choix de venir travailler au Canada dans l’espoir de jours plus heureux, empreints de liberté. Des membres de leur famille vivaient déjà ici et cela les faisait rêver.
S’ils ont pu y parvenir, c’est grâce au Groupe Garneau Thanatologue. Malgré de nombreux affichages, l’entreprise ne trouvait personne pour assurer la maintenance des nombreux bâtiments et terrains de l’entreprise.
Embaucher dans le domaine funéraire n’est déjà pas facile, car tous n’ont pas le même rapport à la mort, expose la directrice, Marie-Ève Garneau. S’ajoute à cela le fait que dans Chaudière-Appalaches, le taux de chômage figure parmi les plus bas au Québec.
Photo Stevens LeBlanc
Des perles rares
Puis, l’entreprise considère avoir trouvé de véritables perles rares. Depuis leur arrivée, Luis et Liliana charment tout le monde. Grands travaillants, ils sont très attachants. Ils sont également très dévoués dans leur volonté de s’intégrer à la société québécoise.
Sur les bancs d’école le soir, le couple a appris le français, qu’il comprend et parle parfaitement. C’est simple, pour les Garneau, ils font désormais partie de la famille.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l’émission de Benoit Dutrizac, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
« C’est un match parfait, ils cadrent parfaitement dans l’entreprise familiale, et ils sont intégrés avec nous dans tous les aspects de notre vie », expose Owen St.John, président des services thanatologiques chez Groupe Garneau Thanatologue, et conjoint de Mme Garneau.
Contre toute attente, le couple a pourtant été informé, en mars, du refus du fédéral de renouveler son permis de séjour dans le cadre du Programme des travailleurs étrangers temporaires.
Les emplois qu’ils occupent depuis 2023 ne figureraient plus dans une catégorie affectée par la pénurie de main-d’œuvre, ce qui est vivement contesté.
Photo Stevens LeBlanc
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Cœur brisé
La famille Garneau a le cœur brisé à l’idée de les voir partir et ne comprend pas la décision. Comment expliquer que le dossier ait été accepté en 2023, que Luis et Liliana aient été depuis des citoyens et des travailleurs exemplaires, qui comblent un besoin, mais qu’on veuille maintenant les retourner ?
« De nombreux entrepreneurs s’aperçoivent qu’il est rendu plus facile de faire venir de nouveaux candidats plutôt que de garder ceux qu’on a, et pour lesquels la société a déboursé des frais pour la francisation et plusieurs autres services », déplore Mme Garneau, qui parle d’une somme avoisinant les 50 000 $. « Et ils sont loin d’être l’exception », souligne-t-elle.
Des démarches ont été lancées afin de soumettre une nouvelle demande de permis de travail au début de juin. En attendant, le couple n’a plus le droit de travailler. Les délais de traitement, pour des travailleurs déjà admis au Canada, s’étirent sur environ huit mois.
Tout le monde croise les doigts pour que tout rentre dans l’ordre. L’inquiétude est d’autant plus vive que depuis l’arrivée de Luis et Liliana en 2023, la situation à Cuba s’est beaucoup détériorée. Il est même devenu difficile de trouver un vol pour s’y rendre.
S’il a toujours été un fier Canadien, Owen St.John est bouleversé par cet imbroglio. « On est supposé être un pays accueillant (…) De penser qu’on va prendre du monde comme ça, qui a fait tellement d’efforts, et qu’on va juste, du jour au lendemain, les retourner de même sans que tous les éléments aient été pris en compte… Ça me fait mal au cœur. »




