“Les supporters nous insultaient” : folie et excès du public congolais

La communion des Congolais après le but de l’égalisation face au Portugal.
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Si vous interrogez des anciens internationaux africains ou des spécialistes du football sur le continent, et que vous posez la question suivante : quels sont les stades les plus chauds d’Afrique ? La probabilité est très élevée que le stade des Martyrs soit cité parmi un top 3 ou un top 5.
Qualifiée pour la seconde fois de son histoire pour une Coupe du Monde (la première depuis plus de cinquante ans – 1974 -, l’époque du Zaïre, qui avait pris 9-0 face à la Yougoslavie ou 3-0 devant le Brésil), la République démocratique du Congo atteint là l’aboutissement d’un projet et d’une reconstruction patiente. Double vainqueur de la CAN en 1968 et 1974, justement, la RDC n’a jamais été extrêmement régulière sur le continent. Avec des participations et des performances inégalables. Exemple le plus proche de nous avec cette troisième place lors de la CAN 2015 pas suivi d’effet, pour finir, en 2021, par rater la qualification pour la CAN.
Mais depuis l’arrivée de Sébastien Desabre sur le banc (2022), les Léopards semblent s’être construits patiemment. Avec toujours deux leaders sur le terrain et en dehors : Chancel Mbemba surnommé demi-dieu au pays, et Cédric Bakambu, véritable sélectionneur de l’ombre depuis des années. L’attaquant du Betis a initié de nombreux contacts pour convaincre de futurs internationaux en puissance, et notamment des bi-nationaux. L’exemple le plus fort ces derniers temps étant le choix du talentueux Noah Sadiki (Sunderland), de dire oui à la RDC alors qu’il n’avait pas encore vingt ans.
L’incroyable parade pour la Coupe du Monde
Une patience et des résultats qui décuplent peut-être encore la passion du peuple congolais pour leur équipe. Il fallait voir les incroyables images du retour d’Arthur Masuaku et ses coéquipiers à Kinshasa après être allés valider leur ticket pour la Coupe du Monde. C’était en mars dernier, suite à une victoire 1-0 sur la Jamaïque en prolongation. La parade fut exceptionnelle de passion (l’histoire raconte qu’il a fallu 5h30 au bus des Congolais pour aller de l’aéroport au palais présidentiel, distants de moins de dix kilomètres), et symbolisait bien cet amour presque déraisonné. Chose qui n’a pas toujours été le cas, comme expliqué précédemment.
L’équipe du RD Congo
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“J’ai des souvenirs d’un match joué à huis clos, se rappelle Samuel Moutoussamy, ancien joueur du FC Nantes, qui évolue aujourd’hui en Grèce, à Atromitos, et taulier de la RDC au milieu du terrain. On avait fait un match nul. Quand on est sortis du stade pour rentrer à l’hôtel, les supporters n’ont fait que nous insulter tout au long du trajet… Il y a eu cette période où il y avait un certain désamour avec la sélection, les supporters attendaient toujours du coin de l’oeil qu’on y arrive, car c’est ce que tout le monde souhaitait, mais…”
Les Martyrs, c’est 80 000 personnes… officiellement
Un lien renforcé aussi par les épreuves pas forcément sportives. Trop souvent passé sous les radars dans l’actualité française, le conflit à l’Est de la RD Congo avec le Rwanda est un drame que le football tente de faire oublier l’espace de 90 minutes, dès lors que les Léopards sont sur le terrain. Et il y a un endroit qui est le véritable poumon, si ce n’est plus, de la nation congolaise : le stade des Martyrs (le nom complet : stade des Martyrs de la Pentecôte). Dans le top 5 des plus grandes enceintes africaines en termes de capacité. Officiellement 80 000 personnes. Officieusement, en jour de match, certainement bien plus : “Il est plein à craquer, sourit Gaël Kakuta, un des plus grands cracks des années 2000, formé à Lens, puis parti à Chelsea, qui avait opté pour la RD Congo. Même les escaliers que tu es censés monter pour aller à ta place… Quand les supporters sont là, ils sont là !”
Kakuta, présent, comme Samuel Moutoussamy, avec les Léopards aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada pour cette Coupe du Monde, a beau avoir joué en France, en Angleterre, en Espagne, en Italie et autres, les Martyrs, c’est unique : “Franchement, à part à Lens, à Marseille, où c’est vraiment chaud, où tu prends énormément de plaisir, explique-t-il. Sinon… Quand tu mets un but, le stade, il tremble. Ils y vont à fond. Tu joues au football pour évoluer dans une atmosphère comme celle-là.”
Mais comme dans toute passion exacerbée, ça peut aussi tourner rapidement dans l’autre sens comme le décrivait Moutoussamy, et comme le confirme Kakuta : “Quand tu entends les insultes venues des tribunes, rigole-t-il. Quand tu joues dans ce stade, tu veux qu’ils soient avec toi. Quand tu sors du tunnel, tu te dis que ça ne peut pas aller dans l’autre sens.”
La moindre des étincelles faisait exploser le stade
Un jour de match est un jour de fête, et c’est tout Kinshasa, plus de 15 millions d’habitants, qui vibre tout au long de la journée. “On jouait contre le Gabon, à domicile, enchaîne Samuel Moutoussamy dans sa boîte à souvenirs très fournie quand il faut évoquer la RDC. C’était lors de mes premières sélections. Le trajet pour aller de l’hôtel au stade, on a mis peut-être une heure et demie ! On est arrivés en retard… Le stade était plein à craquer, mais à craquer ! La moindre des étincelles faisait exploser le stade. Et c’était un match de qualification pour la CAN… C’était extraordinaire. C’était la folie. Mais ce serait la même chose pour un match amical.” Et c’est même encore pire pour des rendez-vous encore plus couperets.
Exemple en fin d’année dernière avec la “finale” du groupe de qualification pour la Coupe du Monde face au Sénégal. Les Lions de la Teranga étaient venus doucher, dans un premier temps, les espoirs de toute la RDC, avec une victoire 3-2 terrible pour le moral congolais. “Dans ce stade, il faut performer, il faut être bon”, résume finalement Samuel Moutoussamy.
Mais un stade dont les infrastructures restent fragiles. La Confédération africaine de football a plusieurs fois mis en garde la RDC, retirant même l’homologation à quelques reprises. La dernière en janvier dernier, avec notamment des soucis au niveau de la pelouse de l’arène congolaise. Heureusement, des travaux ont été entrepris et le feu vert devrait de nouveau être donné dans les prochaines semaines. Une évidence tant des Léopards sans leur stade des Martyrs ferait perdre forcément en ferveur pour les joueurs de la RDC. Et en hostilité pour les adversaires qui se risquent à tenter de venir jouer là-bas…
Le Congo lors de sa qualification pour le Mondial 2026.
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