François.e | Cliché, mais touché !

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Pari osé que voilà : François, scénariste quinquagénaire désabusé, coche cyniquement la case « transgenre » dans sa demande de financement pour un projet de série télé. Ce n’est pas un acte manqué. L’homme, cisgenre et hétéro, incarné par un Louis Morissette en pleine possession de son personnage – en (fausse) transition pour une très mauvaise cause, donc – va se faire prendre à son propre jeu.
Ce sera gros, peu subtil, mais beaucoup plus intelligent qu’on pourrait croire.
Comédie dramatique signée Jean-François Asselin (Nous sommes les autres, Plan B), produite par Louis Morissette et Louis-Philippe Drolet (KO24), François.e ne fait pas dans la dentelle (scusez-la), on l’aura deviné. La proposition peut sembler douteuse, carrément de mauvais goût. Sauf qu’on a eu la sage idée d’aller chercher la plume sensible de l’autrice trans Gabrielle Boulianne-Tremblay (La fille d’elle-même, La fille de la foudre) à la scénarisation, aux côtés de Jean-François Léger (Le guide de la famille parfaite).
Ce n’est pas anecdotique. Pour paraphraser la savoureuse productrice (Geneviève Schmidt) : des histoires d’hommes blancs de 50 ans, non merci, on en a assez entendu ! Mise en abîme en perspective : François, dans sa prétendue « démarche artistique », va à son tour avoir recours à une femme trans (très juste Pascale Drevillon), à titre de consultante à la scénarisation, pour son projet de récit (trans, toujours).
Il faut dire que notre homme part de loin, comme l’illustre très graphiquement la toute première scène du film, dans les douches avec sa gang de boys, après une partie de hockey, gros plans sur leurs engins. Ces messieurs jasent de cul, ou d’absence de. Oui, c’est frontal, ça ne vole pas haut, et c’est surtout très gras.
IMAGE FOURNIE PAR LA PRODUCTION
Louis Morissette et Pascale Drevillon, dans une scène du film François.e
Scène suivante, voilà notre François (excellent Louis Morissette, au risque de nous répéter) devant sa fille, en père absent, complètement déconnecté, un personnage maladroit et stéréotypé. En devenant Françoise, au fil du film, il verra progressivement le monde d’un œil nouveau : tendre, sensible, carrément attachant. Disons-le : éveillé !
Et là réside toute la finesse du scénario, qui invite le spectateur à se mettre dans les bas nylons du personnage (ou dans sa strap, littéralement !), avec humour, beaucoup de caricatures, certes, mais aussi une solide dose de vérité.
Bien sûr, c’est risible, d’autant plus que tout l’entourage tombe dans le panneau de cette transition surprise. La fille pardonne tout, l’ex, également. Un seul personnage demeure de mèche : le grand ami (très bon Robin Aubert), obsédé par ce qui se passe réellement sous la ceinture de son chum.
Là où le film joue moins la carte de l’humour et de la caricature, c’est dans la représentation de la communauté trans. On devine ici la griffe de Gabrielle Boulianne-Tremblay. Plusieurs noms trans figurent d’ailleurs au générique. Lexique particulier, vécu familial tendu, micro (et macro) agressions, tout y passe, très habilement, quoiqu’évidemment moins légèrement.
Bref, ce n’est pas subtil, on l’a dit, n’empêche que sous ses airs de comédie légère un brin réactionnaire, François.e réussit ici son audacieux pari, et fait même réfléchir au passage. Mention spéciale à la scène finale, un savoureux revirement, intelligent, vlan, dans les dents.
En salle dès le mercredi 1er juillet
Consultez l’horaire du film
Comédie dramatique
François.e
Jean-François Asselin
Avec Louis Morissette, Pascale Drevillon, Geneviève Schmidt, Robin Aubert et Rachel Graton
1 h 45




