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Camionnage | Québec adopte de nouvelles mesures contre les chauffeurs au rabais

Le gouvernement va annoncer ce jeudi de nouvelles mesures visant à empêcher les conducteurs inexpérimentés récemment arrivés au Québec de conduire des poids lourds sur les routes de la province. L’industrie du camionnage salue l’initiative, mais en attend davantage pour contrer ce phénomène inquiétant.

Dès jeudi, tout conducteur de poids lourd ontarien souhaitant s’établir au Québec et possédant moins de deux ans d’expérience devra passer un examen pratique avant de pouvoir se procurer son permis auprès de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

S’il échoue deux fois aux examens pratiques, il devra suivre la formation que doivent passer les personnes souhaitant obtenir un permis de classe 1 au Québec, mise en place le 15 décembre dernier.

« Année après année, des gens nous arrivent de l’Ontario avec une formation dont on n’a aucune idée de la qualité », déplore le ministre des Transports et de la Mobilité durable, Benoit Charette, en entrevue avec La Presse.

C’est une mesure temporaire, jusqu’à ce que l’Ontario puisse démontrer le resserrement de ses propres mesures de formation et de contrôle au niveau des titulaires de permis de classe 1.

Benoit Charette, ministre des Transports et de la Mobilité durable

Une forte proportion des entreprises de camionnage en Ontario ont recours au modèle des chauffeurs au rabais, ou « chauffeurs inc. », où des conducteurs inexpérimentés sont embauchés à moindre coût et sans formation adéquate. Le 12 mai dernier, la vérificatrice générale de l’Ontario a d’ailleurs soulevé plusieurs lacunes dans l’industrie du camionnage dans cette province, en mettant de l’avant les règles, plus strictes, appliquées au Québec1.

Benoit Charette estime que chaque année, environ 375 conducteurs ontariens font ainsi le saut vers le Québec. De ce nombre, il ignore cependant quelle proportion sont des conducteurs ayant moins de deux ans d’expérience.

« C’est très préoccupant », souligne le ministre. « Sans faire de généralisation, on sait que ces mêmes conducteurs peuvent être surreprésentés dans les accidents qui sont survenus au Québec ces dernières années. »

Selon le plus récent bilan de la SAAQ, plus du quart des décès survenus sur les routes du Québec l’an dernier ont impliqué un véhicule lourd (102 sur 371). Il s’agit d’une hausse de 17,8 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années des personnes tuées lors d’une collision impliquant des véhicules lourds2.

Une surveillance accrue à la frontière

En ce qui concerne les camionneurs ontariens qui circulent au Québec – mais sans vouloir s’y installer –, le gouvernement a d’ores et déjà annoncé un resserrement des contrôles à la frontière avec l’Ontario. Il a également pris la décision, en octobre dernier, d’autoriser les contrôleurs routiers à porter une arme à feu.

« Il y aura une surveillance accrue au cours des prochains mois, au gré des nouvelles cohortes d’agents formés pour surveiller le flot de véhicules qui proviennent de l’Ontario », promet également le ministre.

Benoit Charette souligne être en discussion avec le gouvernement ontarien, tout particulièrement depuis la publication du rapport de la vérificatrice générale. « D’après ce que je comprends des échanges que nous avons eus, c’est un rapport qui est pris au sérieux, et [les Ontariens] entendent y donner suite », affirme-t-il.

« Je salue l’initiative du ministre, en espérant que l’Ontario en fera autant, et que le gouvernement continuera à avoir la volonté politique de combattre, par tous les moyens possibles, le stratagème des “chauffeurs inc.” », souligne Marc Cadieux, président et directeur général de l’Association du camionnage du Québec (ACQ).

Selon M. Cadieux, ces mesures annoncées devraient être accompagnées de « beaucoup d’autres » pour combler les « zones grises » de la loi qui permettent encore à des conducteurs inexpérimentés de circuler sur les routes québécoises.

Il évoque en particulier de nombreux « stratagèmes », révélés par les médias au cours des dernières années, permettant d’obtenir un permis de poids lourd, parfois de façon frauduleuse3.

« C’est un pas en avant, mais il reste beaucoup de choses à faire encore », ajoute-t-il.

« Table de travail »

Le gouvernement a aussi annoncé mettre sur pied une « table de travail » au sujet des travailleurs étrangers temporaires, avec des représentants de l’industrie du camionnage et des associations qui embauchent ou accompagnent ces travailleurs.

Elle aura pour objectif de revoir les règles applicables aux travailleurs étrangers temporaires qui arrivent au Québec avec un permis de conduire obtenu dans un autre pays, dans le but de « mieux répondre aux enjeux de sécurité routière » – que ce soit les chauffeurs de poids lourds, ceux de transport de passagers, mais aussi les conducteurs de véhicules de classe 5.

La formation et les habitudes de conduite des travailleurs étrangers temporaires, notamment, seront passées au crible.

« Une personne qui n’a jamais conduit en hiver peut avoir un petit peu de difficulté à retrouver ses repères pendant un temps. Donc c’est réellement ces questions-là qui seront observées et analysées », souligne le ministre.

Un premier rapport devrait voir le jour en novembre concernant spécifiquement les conducteurs de poids lourds.


1. Lisez l’article « Industrie du camionnage : de nombreuses lacunes révélées en Ontario »


2. Lisez l’article « Poids lourds et accidents de la route : une hausse “préoccupante”, dit la SAAQ »


3. Lisez l’article « Camionnage : des centaines de permis frauduleux »

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