Nouveaux droits de douane américains | Le Canada absorbe le choc et n’écarte pas une riposte

(Ottawa) Le Canada ne semble pas vouloir obéir aux ordres du président des États-Unis. Frappé d’une nouvelle surtaxe de 50 % sur des centaines de produits canadiens pour avoir osé riposter aux droits de douane de Donald Trump, le fédéral évalue ses options et n’écarte pas une réplique.
Mis à jour hier à
19 h 03
C’était un lendemain d’annonce tarifaire comme les autres, mardi, au Canada.
D’une part, le président américain, de son bureau Ovale de la Maison-Blanche, a déclaré que les Canadiens ont besoin des États-Unis et que « sans [eux], ils n’ont aucune chance de survivre », tout en précisant que sa nouvelle salve tarifaire n’avait rien à voir avec ses menaces d’imposer des représailles au Canada à cause de la fumée des incendies de forêt.
De l’autre, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, répliquait que « c’est [aux Américains] de souffrir, et non à nous de souffrir constamment ».
Entre les deux, le premier ministre du Canada évalue « toutes les options » après avoir vu Washington lancer une nouvelle surtaxe de 50 % sur près de 28 milliards de dollars d’importations en provenance du Canada, ou 5 % des exportations de marchandises vers les États-Unis et environ 0,8 % du PIB canadien. Des droits de douane qui s’appliqueraient également à des produits qui étaient jusqu’ici protégés par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).
À Ottawa, Mark Carney s’est empressé de dire que le Canada doit une fois de plus gérer une « violation directe » de l’Accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) par l’administration américaine.
« Les droits de douane américains entreront en vigueur [le 19 août]. Nous examinerons toutes les options possibles quant à la manière de réagir à leur application », a déclaré M. Carney à l’extérieur de son bureau.
Dans une conversation téléphonique, le premier ministre du Canada et le président des États-Unis ont parlé du rythme actuel des négociations commerciales entre les deux pays.
« Nous sommes d’accord pour intensifier nos négociations dans les deux prochaines semaines », a dit M. Carney. Mais ce dernier a réitéré qu’il souhaitait avoir un « accord global » et non « pas un accord partiel ».
Lorsque j’affirme que nous ferons tout le nécessaire et que nous envisagerons toutes les options, il s’agit évidemment d’un point de vue global.
Le premier ministre du Canada, Mark Carney
C’est d’Ottawa que M. Carney a rencontré virtuellement pendant une heure ses homologues des provinces, réunis dans le cadre du Conseil de la fédération à Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard. Il a été question des mesures que le fédéral prend en réponse aux droits de douane américains et de celles prises par les provinces.
Dans les provinces, le sentiment que le fédéral doit conclure une entente rapide avec Washington est manifeste, mais la notion qu’il doit « s’opposer à l’agresseur » et qu’un plan d’attaque doit être établi pour répondre à cette nouvelle surtaxe, elle, semble prendre plus de place.
C’est que l’absence d’alcool américain sur les tablettes de la majorité des provinces canadiennes est l’une des principales sources d’irritation à Washington et l’une des raisons évoquées pour mettre en vigueur la nouvelle surtaxe.
La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a écarté le retour de l’alcool américain dans les SAQ, à l’instar de plusieurs de ses homologues, mais a dit vouloir « éviter toute escalade additionnelle » dans le conflit.
PHOTO DARREN CALABRESE, LA PRESSE CANADIENNE
La première ministre du Québec, Christine Fréchette
En attendant l’arrivée de M. Carney dans la capitale insulaire d’ici jeudi, plusieurs premiers ministres provinciaux n’ont pas attendu l’appel d’Ottawa avant de mettre cartes sur table.
« On ne peut pas se laisser faire. On ne peut pas continuer à reculer. Il faut qu’on y aille à fond. On est une puissance énergétique. Il faut qu’on utilise tous les moyens à notre disposition et qu’on lui fasse payer cher », a lancé le premier ministre ontarien, Doug Ford.
Il faut passer à l’offensive. Nous sommes une superpuissance énergétique, et nous pourrions démanteler les États-Unis si nous le voulions.
Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford
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Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford
En point de presse en fin de journée, Mme Fréchette ne semblait pas du même avis que son homologue ontarien.
« Je ne suis pas certaine que d’avoir des représailles fortes est la tactique qui va nous permettre d’avancer dans les discussions avec les Américains, ils ne sont pas les plus friands de ce type de stratégie », a-t-elle dit.
Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, envisageait sans heurt qu’Ottawa demande aux provinces qu’elles remettent le bourbon, le whisky et le vin américain sur les tablettes. Ce qu’il veut, c’est que les négociateurs canadiens « campent » à Washington jusqu’à ce que l’ACEUM soit renouvelé.
« L’objectif ultime n’est pas de contrer les tarifs douaniers et d’affaiblir davantage l’économie nord-américaine. L’objectif ultime est de parvenir à un nouvel accord commercial qui permettra de bâtir et de garantir une économie nord-américaine plus compétitive pour l’avenir », a-t-il dit.
Son homologue britanno-colombien, David Eby, n’entend pas faire dans la génuflexion.
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Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby
Il n’y a aucune chance en enfer que l’alcool américain retourne sur les tablettes en Colombie-Britannique et je suis fier de cela.
le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby
Selon lui, songer à faire des concessions au président américain après une nouvelle attaque tarifaire serait « une mauvaise approche ».
« Je pense que Doug [Ford] et moi partageons le même avis sur cette question. La meilleure façon d’encourager un intimidateur est de capituler, a déclaré David Eby. Et je ne pense pas que nous devions encourager M. Trump, qui est manifestement un intimidateur. »
Cette nouvelle frappe américaine a fait vivement réagir au pays. En matinée, la Banque de Montréal indiquait dans une note aux investisseurs que si la protection offerte par l’ACEUM devait être compromise, « la confiance des entreprises s’en trouverait gravement ébranlée ».
Des syndicats, comme Unifor par exemple, ont dénoncé des tactiques d’intimidation de Donald Trump. « Les gouvernements provinciaux et fédéral doivent rester fermes et s’unir pour protéger les emplois et les intérêts du Canada », a déclaré sa présidente, Lana Payne.
La présidente de la Chambre de commerce du Canada a imploré les deux pays de profiter « de cette période [de 30 jours] pour réaliser des progrès concrets dans l’avancement des négociations officielles ».
Les tensions entre le Canada et les États-Unis sont néanmoins vives. Le Canada a d’ailleurs annulé un évènement pour souligner l’ouverture du pont Gordie-Howe reliant l’Ontario et le Michigan la semaine prochaine, puisqu’il « ne serait pas approprié de procéder avec un évènement de célébration entre les deux pays ».
Parmi les produits ciblés
- Matériaux de bois, ciment Portland et autres matériaux de construction
- Meubles de toutes sortes
- Produits de papier et carton
- Vins, bières et spiritueux
- Vêtements et chaussures
- Produits en bois et en bambou
- Œuvres d’art et antiquités
- Bulbes, plantes, fleurs coupées et semis
- Bougies, huiles essentielles et parfums
- Cosmétiques et bijoux
- Articles en plastique, dont la vaissellerie
- Laisses et colliers pour animaux
- Bâtons de hockey, patins à glace et autres articles de sport
- Valises et sacs
- Appareils électroniques comme des caméras et des radars
- Décorations de Noël
- Jouets et consoles de jeux vidéo
- Aspirateurs




