Des chercheurs à l’œuvre | Tornade confirmée dans les Laurentides

(Harrington) Une tornade de classe EF1, avec des vents maximaux atteignant 175 km/h, a secoué mardi soir Harrington, dans les Laurentides, confirme le Northern Tornadoes Project (NTP). L’équipe spécialisée en phénomène météorologique extrême était sur le terrain jeudi pour évaluer les dégâts. La Presse s’est greffée à elle le temps d’un avant-midi.
Dans la forêt, des centaines d’arbres semblent avoir été tranchés au couteau. Depuis le chemin de la Rivière-Rouge, le décor est lunaire. D’un côté, la forêt verdoyante. De l’autre, des conifères et des poteaux électriques, couchés les uns sur les autres à perte de vue.
-
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
La potentielle tornade a touché une zone précise, et a couché certains troncs d’arbres dans la même direction.
-
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Une maison de Harrington tient bon, même sous le poids d’un arbre couché sur son toît.
-
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Des employés d’Hydro-Québec s’affairaient à nettoyer les dégâts pour rétablir l’électricité et dégager les chemins.
-
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Certains troncs d’arbres sont coupés à la moitié, comme aspirés par un mouvement de rotation à l’intérieur de la tempête.
1/4
En contrebas, le camping Val Carroll se trouvait visiblement au cœur de la tempête. Une roulotte et un véhicule, écrasés par des pins, sont laissés à l’abandon. Des ustensiles de cuisine laissent deviner que les propriétaires se préparaient à manger lorsque les intempéries ont frappé subitement.
Tornade à Harrington, dans les Laurentides
Le camping Val Carroll s’est retrouvé au cœur de la tempête.
INFOGRAPHIE LA PRESSE
Une femme qui se trouvait dans sa roulotte à ce moment, et qui préfère ne pas être nommée, rapporte qu’elle et sa famille n’ont « eu le temps de rien faire ». En cinq minutes, la tourmente était passée. Heureusement, il n’y a eu aucun blessé, mais des trois familles présentes lorsque la tempête a balayé le camping, la sienne est la seule qui est restée. Les routes bloquées et l’électricité coupée ont fait fuir la plupart des résidants du coin.
« C’était terrible, comme la fin du monde », souffle Jean-Pierre Lebel en décrivant le ciel noir qui l’a accueilli lorsqu’il est arrivé à Harrington, mardi soir. C’est la quatrième année que sa famille et lui louent des chalets à quelques kilomètres du camping Val Carroll.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Jean-Pierre et François Lebel, qui louent un chalet dans le coin depuis quatre ans, reviennent d’une marche pour constater les ravages.
Le « couloir de dégâts »
« Tous les arbres sont tombés dans une seule direction, donc c’est un très bon indice que c’était une tornade », affirme Anij Sparenberg, qui en est à sa troisième année au sein du NTP. Ce laboratoire spécialisé dans l’étude des tornades est chapeauté depuis 2017 par le Canadian Severe Storms Laboratory – le laboratoire d’étude des évènements météorologiques violents – de l’Université Western, à London.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Anij Sparenberg et des chercheurs du Northern Tornadoes Project étaient à l’œuvre jeudi à Harrington, dans les Laurentides, pour déterminer s’il y a bel et bien eu tornade sur place en début de semaine.
Le nombre de déplacements réalisés par le NTP cette année est plus élevé que d’habitude, relate Anij Sparenberg. L’étudiante à la maîtrise en génie civil et environnemental avait réalisé quatre expéditions en 2025. Depuis le début de 2026, Harrington est déjà sa sixième.
Des photos des dégâts, des images satellites et prises par des drones aident les chercheurs du NTP à cartographier la zone exacte où s’est abattu le « phénomène venteux non classifié » mardi soir.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Le tronc de certains arbres est coupé à mi-hauteur, comme s’ils avaient été aspirés par un mouvement de rotation à l’intérieur de la tempête, selon Mathieu Lussier, chasseur de tornades.
Connaître la largeur et la longueur exacte du « couloir de dégâts » ainsi que la vitesse du vent leur permet de déterminer s’il s’agissait bel et bien d’une tornade. D’autres hypothèses sont encore possibles pour le moment, comme une rafale descendante ou une microrafale. « Tu ne sais pas de quoi il s’agit réellement jusqu’à ce que tu le cartographies », souligne la cheffe de l’équipe de chercheurs.
« Sûr à 95 % »
Un météorologue d’Environnement Canada, Dominic Martel, affirmait en entrevue mardi soir avec La Presse qu’il était « sûr à 95 % » que c’était une tornade. L’organisation fédérale attendait toutefois la confirmation du NTP pour se prononcer.
« C’était un décor typique d’une tornade », observe Mathieu Lussier, un chasseur de tempêtes qui a été l’un des premiers à arriver sur le site. Le fondateur de Xtreme Chase Québec et sa conjointe, Nancy Adam-Cassista, suivaient la cellule d’orage mardi soir grâce à des images radar. Ce sont eux qui ont prévenu Environnement Canada et les autorités qu’une tornade pouvait avoir frappé le secteur.
Plusieurs signes indiquent le passage d’une tornade, selon Mathieu Lussier, qui dirige une équipe de chasseurs de tornades depuis 2005. Le tronc de certains arbres et des poteaux électriques sont coupés à mi-hauteur, comme s’ils avaient été aspirés par un mouvement de rotation à l’intérieur de la tempête. S’il s’était agi d’une microrafale, explique-t-il, tous les arbres auraient été poussés par le vent, et non pas décapités.
Le chasseur de tornades attendait toutefois la conclusion du NTP et d’Environnement Canada avant de se prononcer formellement.




