Guerre entre les États-Unis et l’Iran | La situation se complique, aucune issue en vue

Malgré les rodomontades du président des États-Unis, Donald Trump, qui promet de faire plier rapidement l’Iran par une « attaque massive » sans précédent, la recherche d’une solution durable au conflit entre les deux pays se complique.
L’annonce plus tôt cette semaine d’un accord entre l’administration américaine et l’Arabie saoudite permettant au pays du Golfe de développer un programme nucléaire civil est de nature à renforcer la résistance de Téhéran à un encadrement contraignant censé l’empêcher de se doter de la bombe atomique.
L’entrée dans le jeu, par ailleurs, des rebelles houthis, qui ont entrepris de bloquer partiellement à partir du Yémen le détroit de Bab el-Mandeb, un autre passage maritime critique pour le commerce énergétique mondial, fait flamber le cours du pétrole et paraît susceptible de renforcer la main de l’Iran à l’approche d’élections de mi-mandat américaines délicates pour le camp républicain.
PHOTO KHALED ZIAD, AGENCE FRANCE-PRESSE
Navire ancré dans le détroit de Bab el-Mandeb de la mer Rouge, au sud-ouest de la ville de Ta’izz, au Yémen
Thomas Juneau, spécialiste du Moyen-Orient rattaché à l’Université d’Ottawa, estime qu’il était tout à fait prévisible que le cessez-le-feu survenu en juin entre les deux camps tourne court.
Le mémorandum sur lequel il reposait ne réglait rien des différends fondamentaux au cœur du conflit, se bornant à offrir un hypothétique cadre de discussion sur la question nucléaire sans résoudre explicitement le litige entourant le contrôle du détroit d’Ormuz.
Le régime iranien, qui estime avoir « gagné » le conflit en survivant aux assauts américains et israéliens démarrés en février tout en prenant le contrôle du détroit, entend, selon l’analyste, maintenir sa mainmise sur le passage stratégique et a relancé les attaques contre des pétroliers bravant ses consignes en l’absence de progrès diplomatiques.
Washington a rétabli de son côté le blocus des ports iraniens tout en reprenant ses frappes contre Téhéran, qui répond en visant les installations militaires américaines dans plusieurs pays de la région.
Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a déclaré jeudi que la situation au Moyen-Orient ne cessait de se détériorer et s’approchait dangereusement de « l’inimaginable », sans préciser sa pensée.
M. Juneau pense, plus prosaïquement, qu’il est possible que le conflit s’étire longuement avec d’occasionnelles périodes d’accalmie.
Nombre d’analystes avaient sous-estimé, dit-il, la capacité de Donald Trump de soutenir le coût politique d’une flambée du prix du pétrole, qui vient de repasser le cap des 100 $ le baril.
La question nucléaire
Le président américain se dit déterminé à maintenir le cap même si la guerre paraît plus impopulaire que jamais auprès de l’électorat américain et que des fissures apparaissent au sein de son propre parti.
Le régime iranien manifeste une même détermination de façade et risque de se saisir de l’annonce de l’accord nucléaire avec l’Arabie saoudite pour écarter des concessions sur son programme nucléaire qui avaient été discutées entre les deux camps.
Kelsey Davenport, spécialiste de la prolifération nucléaire rattachée à l’Arms Control Association, note que l’accord annoncé mercredi suggère que les États-Unis songent à permettre à terme l’enrichissement d’uranium sur le sol saoudien sans inclure de mécanismes de surveillance reposant sur la présence d’inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
La question est cruciale, dit-elle, puisque la technologie utilisée pour enrichir le matériel fissile au niveau requis à des fins civiles peut ensuite être utilisée pour en arriver à produire une bombe atomique.
Les États-Unis, note Mme Davenport, semblent vouloir garder la main haute sur le processus d’enrichissement, mais pourront difficilement éviter un transfert de connaissances cruciales à ce sujet au régime saoudien, qui a déjà annoncé son intention de se doter de l’arme nucléaire si l’Iran l’obtient.
PHOTO SAUL LOEB, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Le président des États-Unis, Donald Trump, et le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohamed ben Salmane, à Washington, en novembre 2025
Trita Parsi, analyste du Quincy Institute, note dans une analyse parue en ligne que la colère suscitée par les attaques iraniennes contre des alliés régionaux des États-Unis, dont l’Arabie saoudite, peut avoir convaincu l’administration Trump de la nécessité de se montrer plus flexible envers les demandes du régime du prince héritier Mohamed ben Salmane.
Les concessions faites par rapport à l’enrichissement d’uranium affaiblissent cependant la position de Washington par rapport à l’Iran, qui ne voudra pas, dit M. Parsi, se plier à des exigences sensiblement plus contraignantes sur ce plan.
Répercussions régionales de l’accord
L’accord avec l’Arabie saoudite risque par ailleurs de pousser les Émirats arabes unis, qui ont déjà développé un programme nucléaire civil avec l’aide américaine, à demander leurs propres assouplissements, relève Mme Davenport.
D’autres pays, comme la Turquie, pourraient par ailleurs en arriver à la conclusion que le développement d’une arme nucléaire est nécessaire.
Israël, qui est le seul pays moyen-oriental à en avoir dans son arsenal, risque enfin de s’opposer énergiquement à l’accord, dont le sort paraît incertain malgré l’annonce faite plus tôt cette semaine.
Donald Trump a déclaré jeudi que la reconnaissance d’Israël par Riyad était une condition sine qua non à la collaboration annoncée sur le plan nucléaire, tandis que la question n’était pas mentionnée dans le résumé de l’accord rendu public.
L’ajout, note Thomas Juneau, semble témoigner de la volonté du président de tenir compte des critiques suscitées par l’initiative, mais paraît peu susceptible de faire bouger le régime saoudien, qui exige une voie vers la création d’un État palestinien avant d’envisager une telle reconnaissance.




