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Pizza Punk Aréna | Benoit Tardif, le Patrick Roy de l’illustration

Il ne parle pas à ses crayons, mais est quand même un peu superstitieux. L’illustrateur Benoit Tardif fait paraître Pizza Punk Aréna, portrait d’une enfance durant laquelle Patrick Roy était bel et bien un saint et Green Day, les apôtres d’une salvatrice explosion. Et où il était possible de commander de la pepperoni-fromage chez McDo.


Publié à
9 h 00

D’abord, l’essentiel. Les As, l’équipe de hockey cosom dont Benoit Tardif est le cerbère, ont remporté le plus récent championnat de leur ligue. Bravo. « Je me suis fait faire un casque un peu comme Patrick Roy, mais avec notre logo vert et jaune, raconte le gardien. Il est vraiment beau. »

Le problème ? Benoit Tardif voit mal le jeu quand il porte ce casque. Pas l’idéal. « Juste avant notre montée vers le championnat, j’ai remis mon vieux casque gris et, depuis, on est invaincus avec ce casque-là ! Faque je ne l’enlève plus. »

Superstitieux ? L’illustrateur de 42 ans ne pousse pas la lubie jusqu’à dialoguer avec ses poteaux, comme son ancien héros Patrick Roy, mais il embrasse volontiers la part d’intangible, et de beauté, que recèle notre sport national.

Enfant, Benoit souhaitait moins « jouer au hockey » que « devenir gardien ». « Ma théorie, c’est que les artistes sont attirés par cette position-là à cause de l’équipement et aussi parce que le gardien est un joueur à part. Et à l’inverse, les gardiens sont un peu des artistes. »

Le dessin et le hockey ont toujours pour lui été aussi indissociables que Kirk Muller et Vincent Damphousse durant les séries de 1993. Des gardiens de but, il en esquisse partout, tout le temps, depuis aussi longtemps que le Tricolore n’a pas gagné la coupe Stanley.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Le gardien de but de Benoit Tardif

« La façon dont je dessine un gardien aujourd’hui ressemble encore beaucoup à comment je les dessinais ado », souligne celui dont le premier livre, Pizza Punk Aréna, dépeint sans texte, ni case, ses années 1990 à Saint-Eustache.

Une jeunesse d’abord rythmée par des tournois de hockey, puis par son atomique rencontre avec la musique punk grâce à Dookie de Green Day, auquel la couverture rend hommage. « La pochette de Dookie, c’est peut-être la deuxième chose que j’ai le plus dessinée dans ma vie. »

Pleurer en écoutant du NOFX

Joueur étoile de l’illustration québécoise, Benoit Tardif s’est hissé depuis 15 ans parmi les dessinateurs au coup de crayon le plus immédiatement reconnaissable, grâce à son univers dont la candeur transpire souvent une sorte de réconfortante mélancolie.

En plus de voir son travail apparaître dans de nombreux médias, dont le New York Times et La Presse, l’Eustachois s’est beaucoup signalé grâce aux Éditions de Ta Mère, dont il est le directeur artistique et dont il a signé presque toutes les couvertures.

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS POW POW

Une double page de Pizza Punk Aréna

« Ç’a été le premier endroit où j’ai pu trouver mon style, explique-t-il. Je me souviens que dans les lancements, au début, les gens m’applaudissaient plus moi que l’auteur. C’était un peu gênant, mais je sentais que je tenais quelque chose. »

Malgré son titre d’apparence anecdotique, Pizza Punk Aréna dresse l’inventaire de ce qui a façonné l’homme et le créateur. La pause forcée de la pandémie, ainsi qu’une dépression, l’auront contraint à une salutaire introspection sur ce qui le constitue profondément.

« Pendant le confinement, je suis tombé dans un vortex de vidéos de NOFX sur YouTube et j’ai pleuré, pleuré », confie-t-il en riant. Pleurer n’est pas pourtant l’effet habituel que produit le groupe californien. « J’ai compris que même si la paternité m’avait un peu fait délaisser la musique, c’était ancré en moi. »

Les pages qu’il consacre à sa collection de CD devraient d’ailleurs émouvoir les quarantenaires pour qui le skate punk n’est pas qu’une trame sonore puérile, mais la voie d’accès vers la découverte de soi et une forme d’indépendance d’esprit.

« Quand je repense à pourquoi j’ai autant pogné quelque chose à 9 ou 10 ans, quand j’ai entendu pour la première fois du punk, je me dis que c’est parce que j’ai toujours aimé les œuvres pas trop alignées, pas trop parfaites. J’aime les œuvres bien réfléchies, mais pas surtravaillées. »

Une coupe Stanley avec ça ?

Le temps faisant son œuvre, le jeune Benoit, disciple de Casseau, a changé d’allégeance en 1998 lorsque la République tchèque est repartie de Nagano avec la médaille d’or. Son nouveau gardien préféré s’appelait désormais Dominik Hasek.

Chez Paperole, qui présente jusqu’au 7 juin une exposition inspirée de Pizza Punk Aréna, des portraits de saint Patrick et du Dominateur occupent le même petit bout de mur, clin d’œil accidentel à l’actuelle confrontation Canadien-Sabres.

« Quand mon fils est né en juin 2014, je disais à tout le monde qu’il naîtrait le jour de la victoire de la coupe Stanley. » Malheureusement, cette année-là, le Tricolore s’est incliné en finale de l’Est contre les Rangers.

« Mais là, ils ont l’occasion de se reprendre pour souligner la naissance de mon deuxième bébé », dit-il en pointant son livre. « Ce serait magnifique. »

Benoit Tardif sera au Festival BD de Montréal en dédicaces ce samedi, de 13 h à 14 h 30 et de 16 h à 17 h 30 et dimanche, de 11 h 30 à 13 h et de 14 h 30 à 16 h.


Consultez l’horaire de Benoit Tardif au Festival BD de Montréal

Pizza Punk Aréna

Benoit Tardif

Pow Pow

336 pages

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