Coupe du monde 2026 – En Uruguay, pas vraiment fous d’El Loco Marcelo Bielsa

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Par Thomas GOUBIN
Le destin de Marcelo Bielsa n’a-t-il tenu qu’à un fil ? C’est en tout cas ce qu’avançaient des médias uruguayens fin novembre 2025, alors que l’Uruguay venait de concéder une défaite humiliante face à une sélection des Etats-Unis pourtant remaniée (1-5). Un revers en amical qui a provoqué l’une de ses sessions d’autocritique mémorables qui jalonnent la carrière d’El Loco.
“Moi, je dis toujours que je suis toxique, lançait-il, après avoir lui-même convoqué la presse. Vous comprenez ? Il y a des personnes toxiques qui se focalisent seulement sur les erreurs, qui ne sont jamais satisfaites, qui aiment seulement parler de travail, et qui lisent leur journal pendant les repas car ils ne veulent pas s’intégrer à la conversation.”
À 70 ans, Bielsa sait qu’il ne va pas changer. Sa confession avait toutefois le mérite de crever l’abcès sur son rapport aux autres. Car même quand les résultats étaient au rendez-vous, la façon dont Bielsa traite les joueurs, mais aussi le personnel du complexe de l’AUF (Fédération uruguayenne), a été au cœur des critiques.
Irrité par les manières asociales d’El Loco, Luis Suárez avait même sorti la sulfateuse, après avoir pris sa retraite internationale en septembre 2024 : “Il peut convoquer qui il veut, mais il doit respecter l’Uruguay, avait lâché El Pistolero. Depuis de longues années, nous avons travaillé pour que les installations de la sélection ne cessent de se développer, qu’elles offrent des conditions optimales aux joueurs, et aujourd’hui les joueurs vont en sélection et ne prennent pas de plaisir, alors qu’ils le font dans leurs clubs. Ce qui se passe me fait mal.”
Au moins dire “bonjour”
En d’autres termes, pour Suárez, Bielsa ne respectait pas l’héritage d’Oscar “El Maestro” Tabarez, le sélectionneur qui avait remis l’Uruguay sur la carte du monde en créant une mentalité “club” au sein des sélections, des plus jeunes à la A, lors de son long règne (2006-2021). Après l’intermède Diego Alonso (2022), la transition était rude pour les joueurs de la Celeste qui avaient ainsi demandé à Bielsa qu’il leur dise au moins “bonjour”. Mais aussi pour le personnel de l’AUF. Dans les semaines qui avaient suivi sa reprise en main, l’intendant de la sélection, en poste depuis 2011, le médecin, depuis 2006, mais aussi des analystes vidéo ou un kiné, avaient démissionné.
Les résultats sur le terrain et la manière ont d’abord mis en sourdine les critiques. Son groupe rajeuni -Edinson Cavani ne serait jamais convoqué et finirait, lui aussi, par prendre sa retraite internationale, en 2024- répondaient à sa méthode énergivore et à sa volonté de prendre constamment l’initiative du jeu, autre rupture avec la culture locale. La première moitié de la campagne éliminatoire serait prometteuse, marquée par des victoires coup sur coup contre le Brésil et l’Argentine.
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La Celeste allait toutefois finir par s’essouffler et terminait à la quatrième des six places qualificatives. Mais elle était encore fringante lors de la Copa América 2024. Après une phase de poule convaincante, Federico Valverde et consorts ressemblaient même à un candidat au titre, mais étaient éliminés par la Colombie (0-1), victime d’un certain manque de réalisme et de la sortie de Rodrigo Betancur dès la 35e. Remplaçant, Suarez était entré à la 66e et avait tapé le poteau.
Quelle sélection a cela ? Devant ce panorama contrasté, l’opinion publique uruguayenne reste partagée. Il y a ceux séduits par le personnage Bielsa, qui estiment qu’il était nécessaire de refermer un cycle, et que la garra charrua mérite une mise à jour. Et puis, il y a ceux pour qui la révolution d’El Loco ne peut terminer que dans un mur, à cause de parti pris stratégiques trop audacieux, du manque de cadres – avec les départs à la retraite de Cavani et Suárez – et de choix discutables, comme celui de se passer de Nahitán Nández (Al-Qadisiyah), pourtant un des joueurs les plus utilisés depuis le début de son mandat. Un choix qui a même “surpris” le capitaine, José María Giménez. Avant sa mise en route face à l’Arabie Saoudite (lundi à minuit), la Celeste doit aussi faire avec les absences d’Araujo et de Giorgian de Arrascaeta.
Quoi qu’il en soit, la sélection aux quatre étoiles sur le maillot ne se déplace jamais pour faire de la figuration. C’est le sens de la récente prise de parole de Diego Lugano, l’ex-charismatique capitaine des charruas. “J’ai espoir qu’on redevienne un acteur qui compte, comme en Afrique du sud, au Brésil et en Russie, a-t-il estimé, dans les colonnes d’Ovación. Notre groupe est étoffé, il comprend le capitaine du Real Madrid (Valverde), celui de l’Atlético (Giménez) et de Barcelone (Araujo). Quelle sélection a cela ? Nous avons aussi un entraîneur de prestige et une génération habituée au très haut niveau, et la crise qui s’est produite a fait du bien, car les crises sont toujours positives pour se remettre en cause et être encore plus unis”.
L’humiliation subie face aux Etats-Unis sera-t-elle vraiment un mal pour un bien ? Si oui, l’Uruguay pourrait, de toute façon, tourner la page. Le contrat d’El Loco expire au terme de la Coupe du Monde.
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